
Chaque mois, Peritell invite une personnalité locale à composer et partager une playlist réalisée pour l’occasion. Pour cette cinquième, nous avons convié Pierre Broquin et Pete Thomas, respectivement bibliothécaire et animateur numérique à l’Antipode.
Chaque Listomania est proposée sur peritell.net ainsi que par le biais de cartes diffusées dans les différents lieux culturels rennais.
Cette playlist est accompagnée par un entretien réalisé par Johann Feillais et l’illustratrice Ambre Ménard, ainsi que d’un dessin illustrant cette Listomania 6 (ci-dessus) et d’un portrait de Pierre Broquin et Pete Thomas (en fin d’article).
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Listomania 6 (juin 2026)
Les heures douces par Pierre Broquin et Pete Thomas
Accès direct à la playlist sur YouTube (morceaux non mixés).
Tracklist YouTube (cliquer pour dérouler)
1/ WHITNEY – No Woman
2/ JULIA JACKLIN – Love, Try Not To Let Go
3/ MOJAVE 3 – When You’re Drifting
4/ SPARKLEHORSE – Hade And Honey
5/ CATE LE BON – Heaven Is No Feeling
6/ WARPAINT – I’ll Start Believing
7/ THE MICROPHONES – I Want Wind to Blow
8/ CHELSEA WOLFE – Feral Love
9/ SILVER JEWS – Random Rules
10/ BLACK SEA DAHU – Superpower
11/ FRANKIE TEARDROP DEAD – The Cure
12/ FLOTATION TOY WARNING – Donald Pleasance
13/ STILL CORNERS – The Trip
14/ FOXWARREN – Sunset Canyon
15/ POND – Paint Me Silver
16/ KURT VILE – Bassackwards
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ENTRETIEN
Johann Feillais et Ambre Ménard avec Pierre Broquin etPete Thomas (mardi 28/04/2026)
Faites-vous régulièrement des playlists dans le cadre du travail, pour vos amis ou pour vous-même ?
Pete : J’aime bien en faire pour moi, en fonction de la saison, avec des morceaux récoltés récemment. Par exemple, la dernière était sur le thème des animaux.
Pierre : J’en fais surtout pour les amis, qui m’en commandent dans le cadre d’anniversaires, de mariages – des playlists d’ambiance donc –, et souvent également dans le cadre de blind tests que nous faisons entre amis. En tant que bibliothèque spécialisée, moi et mes collègues discothécaires devons faire de la veille dans le cadre de notre travail – ce qui nous permet de mettre en avant un maximum de nouveautés.
Ces compilations, vous les faisiez en numérique ou également sur support physique ?
Pete : Il a très longtemps j’avais récupéré en vide-grenier tout un stock de CD vierges, sur lesquels j’ai ensuite gravé mes compilations pour les diffuser ; j’en ai même retrouvé une fois un exemplaire dans la sono de la ville de Bourgbarré.
Pierre : Lorsque j’étais plus jeune, j’en faisais pour pouvoir les écouter entre-autre sur le lecteur CD de la voiture de mes parents. J’ai retrouvé récemment une pochette en contenant plusieurs nommés ‘Compil 1’, ‘Compil 2’, etc… Autant c’était amusant de découvrir ce que j’écoutais à l’époque, autant je suis content que mes goûts ont évolué. Je n’ai jamais retrouvé mes compilations sur cassette.
Comment avez-vous constitué cette Listomania 6 à quatre mains ?
Pierre : Nous avons dans un premier temps fait une sélection chacun de notre côté avant de faire une mise en commun.
Pete : Il fallait que les morceaux se rejoignent. L’exercice était chouette car s’il y avait des morceaux assez proches dans l’intention (Dylan LeBlanc et Kurt Vile ou Les Mystic Brave et les Silver Jews) il y avait également des découvertes des deux côtés. Pour ma part, la demande d’une playlist calme m’a permis de me replonger dans des genres que je n’écoute plus tel le New jazz et le Chillout – ce qui m’a plutôt ému.
Pierre : Me concernant, j’ai essayé de détourner la consigne indiquant que l’ensemble soit downtempo : j’ai essayé que ce soit du tempo bas mais pas du Downtempo – en tant que genre. On va dire que par rapport à ce que j’écoute actuellement, c’est plutôt calme. Sinon, j’ai également essayé de mettre du cuivre dans chaque chanson. Les morceaux se sont enchaînés sans difficulté, de façon assez consensuelle entre nous deux.
Quels ont été les morceaux, albums et artistes importants dans votre vie ?
Pete : Adolescent, j’ai acheté beaucoup de musique en supermarché pour l’écouter dans mon lecteur CD. J’ai également cherché dans les disques de mes parents : ma mère écoutait de la New Wave et du gothique, mon père du Hard Rock, ce qui m’a permis de passer de Yakalelo à AC/DC. J’avais aussi pas mal de compils fournies avec des magazines, type Rock One ou Rap Man ; cela m’a permis de découvrir pas mal de choses par l’intermédiaire des CD samplers.
Pierre : Mon parcours musical est comparable : j’ai découvert le rock avec mes frangins et mes potes, avant de découvrir les choses par moi-même avec le punk et Nirvana, avant de découvrir de nouvelles choses par l’intermédiaire de playlists d’amis… C’était avant l’arrivée d’Internet et du téléchargement en peer-to-peer ! Il fallait attendre quelques heures pour récupérer des morceaux à une époque où l’accès n’était pas illimité, mais cela semblait incroyable de pouvoir écouter aussi facilement n’importe quel morceau. Après avoir découvert Lou Reed et le Velvet Underground, je suis passé à des choses plus actuelles. On m’a ensuite fait découvrir Radiohead avec l’album Hail to the Thief (2003), qui est assez tard dans leur discographie, et je me suis pris une claque en découvrant tout ce qu’ils avaient fait avant. J’aurais aimé découvrir de la musique chez le disquaire ou en bibliothèque malheureusement celle à côté de chez moi n’avait pas de rayon musique.
La radio et les concerts vous ont-ils nourri durant votre adolescence ?
Pete : Les radios locales Canal B, Radio Campus Rennes et Radio Laser m’ont fait découvrir beaucoup de choses.
Pierre : J’écoutais très peu la radio ; la musique est surtout venue à moi par le biais de supports physiques. D’abord le CD – parfois copié sur l’ordinateur… – et plus récemment le vinyle.
Pete : J’ai commencé les concerts vers mes 17 ans, dans les bars rennais autour de Sainte-Anne, puis les festivals.
Pierre : Venant de la campagne, lorsque j’étais ado j’avais assez peu accès aux bars et aux concerts en salle. C’est venu lors de mes études à La Roche-sur-Yon, Angers puis Paris. Ma première grosse claque remonte peut-être à ma première fois devant Radiohead, en juin 2008 à Paris Bercy, lorsque mon imaginaire se confronte à la réalité de la scène ; puis Neutral Milk Hotel en mai 2014 au Trianon, pour les vingts ans de leur album In the Aeroplane Over the Sea, avec un album que j’avais beaucoup écouté à la fin des années 2000. Les voir jouer en live avec autant d’énergie avait un côté magique. Et aujourd’hui… nous sommes plutôt bien lotis à l’Antipode en termes de concerts ! Ces dernières années l’Antipode a eu l’occasion d’accueillir Idles ou encore Metz que j’ai adoré ; lors de l’édition 2025 du festival Kool Thing j’ai été marqué par MONO notamment.
Pete : Nous avons de la chance : la grande scène et le Club sont modulables et permettent différentes mises en scène et scénographies. Mes premières claques en live ont eu lieu fin des années 2000 lors de teufs sous chapiteaux à l’Élabo, avec par ailleurs des cracheurs de feu, des échassiers projetant de la lumière ou des DJ installés à plusieurs mètres en hauteur. Il n’y avait pas de scénographie pour chaque artiste, c’était réfléchi pour l’ensemble de la soirée.
Pete, tu as fait parti du label Ideal Crash : quels en étaient les particularités ?
Il s’agit d’un micro-label diffusant sur cassette audio des disques déjà existants, déjà sortis sur des formats traditionnels. Nous sortons l’album à 25-50 exemplaires maximum, en retravaillant le visuel et le packaging à la main afin que chacun ait un aspect unique. Charge ensuite à l’artiste de les diffuser lui-même.
Il est parfois difficile de s’acheter un vinyle 30€ à la fin d’un concert, une cassette à environ 8€ est plus abordable – sachant que l’achat de chaque cassette donne l’accès à l’album en numérique en qualité FLAC via Bandcamp. Le label privilégie une esthétique punk – au sens large du terme.
Nous sommes actuellement quatre actifs dans l’association qui existe depuis 2005 ; le label proposait auparavant également des concerts. C’est un modèle économique complexe mais qui nous convient.
Tu as fait partie d’une autre association, laquelle proposait des concerts sur des marchés…
À partir de 2011-2012, à la fin du lycée, nous avons fondé ZicOmarché afin de permettre à de jeunes musiciens de donner des répétitions en public, dans les communes au sud de Rennes Métropole. En parallèle, nous officions comme crieurs de rue afin de communiquer des informations locales.
Petit à petit nous avons eu des aides, dont une bourse du Fonds Régional Information Jeunesse qui a permis d’acheter une caravane ; nous en avons coupé l’un des côtés afin de la transformer en scène.
Nous ne pouvions pas soutenir les groupes autrement que par le biais de ces répétitions publiques – qui étaient une forme de laboratoire pour tout le monde – mais cela a permis à un certain nombre de s’aguerrir pour de plus grandes scènes.
Tu as par ailleurs fait partie du Jardin Moderne, de 3 Hit Combo… et à présent tu travailles à la fois à la bibliothèque de l’Antipode et à la MJC de l’Antipode – laquelle structure est également une association !
Je suis effectivement à la fois animateur numérique à la bibliothèque et à la MJC. Je facilite l’accès aux ressources numériques du portail de Rennes Métropole. Cela permet entre autres de proposer de la médiation culturelle autour de supports numériques et quelques actions par an autour des arts et cultures numériques.
De façon générale je vois le monde associatif comme un tissu qui permet à une société de respirer par elle-même, en dehors du marché et de l’État, un espace où les gens se retrouvent pour construire quelque chose ensemble, s’élever culturellement, exercer pleinement leurs droits, et finalement devenir une démocratie un peu moins en carton.
Pierre, peux-tu définir ton rôle à l’Antipode ainsi que tes missions ?
Je suis responsable du secteur Musique de la bibliothèque Antipode, avec la particularité d’être seul sur ce poste. Même si d’autres bibliothèques ont un fond conséquent comme au Triangle ou à Lucien Rose, ils n’ont pas d’espace dédié, à proprement parler, à la musique. Enfin, je m’occupe également du secteur Cinéma.
En premier lieu j’accueille le public, ensuite je fais de la veille musicale afin de proposer l’achat de disques sur différents supports. Nous proposons par ailleurs du prêt d’instrument ; c’est une alternative que l’on retrouve de plus en plus en bibliothèques au niveau national et qui trouve son public. Il s’agit enfin de mettre en place des actions culturelles comme par exemple des quiz – nous sommes dans un métier où la part de fun n’est pas forcément mise en avant dans nos animations.
J’ai par ailleurs une autre casquette au sein de l’ACIM : l’Association pour la Coopération des professionnels de l’Information Musicale – dont je suis membre du Conseil d’Administration depuis 2022 –, et qui regroupe les bibliothécaires musicaux en France. L’idée est de promouvoir la musique en bibliothèque sous toutes ses formes, en mutualisant les idées, en aidant les collègues ayant besoin de pistes, de formations… Ce projet me tient particulièrement à cœur, tant au niveau de l’expérience professionnelle que de l’aventure humaine. Nous manquons de ressources humaines pour faire vivre ce genre d’associations professionnelles et nous incitons notamment les collectivités locales à essayer de dégager du temps à leurs agents pour leur permettre de concourir à ce type de projet.
Comment se décide l’achat d’un disque ?
À Rennes, nous sommes six agents dans la commission musique et nous nous réunissons tous les mois afin de mettre en commun le résultat de nos veilles sur des collections différentes. Nous comparons nos coups de cœur et faisons nos achats principalement par le biais du marché public, mais aussi auprès de disquaires rennais pour ce qui est des vinyles et de groupes issus de la scène locale.
Et comment faites-vous sortir des disques des bacs ?
Le désherbage consiste à retirer autant de disques dans une collection que l’on va en ajouter au cours de l’année – les rayonnages n’étant pas toujours extensibles. Cela concerne d’abord les disques abimés ou qui ne sont plus lisibles, mais aussi ceux qui ne sont plus empruntés… et à ce moment-là, notre rôle est important car nous pouvons décider de garder les pépites importantes à nos yeux et qui ne sont plus éditées. Nous devons être vigilants à avoir des propositions hétéroclites, trouvant leur public et en bon état.
Quel album avez-vous par exemple récemment sauvé ?
Nous avons gardé récemment le double album The Texas-Jerusalem Crossroads (Bella Union, 2001) de Lift to Experience, un groupe mené par Josh T. Pearson. C’est un album culte et quasi introuvable, un ovni sonore ayant malheureusement un faible taux de rotation ; il est de notre rôle de mettre en avant ce genre de disques. C’est une expérience sonore qui peut laisser perplexe mais malgré tout importante dans l’histoire de la musique.
Notre rôle n’est pas uniquement de regarder les chiffres mais aussi de faire ce genre de tri. Avant l’arrivée d’Internet et du numérique, le rôle du bibliothécaire pouvait être cantonné à ranger des disques, la rotation des emprunts se faisant d’elle-même ; depuis, nous devons nous tenir au courant des modes de consommation et proposer des alternatives au streaming et aux algorithmes. Nous devons également veiller à ce que les disques puissent être audibles par les usagers ; nous proposons ainsi à l’emprunt des lecteurs de DVDs qui permettent également d’écouter des CDs à la maison. J’espère que nous pourrons proposer prochainement des platines vinyles à l’emprunt.
Depuis votre enfance, quels disques, en tant qu’objets visuels (l’artwork, le contenu du livret, etc.) ou augmentés (par un coffret, des goodies, etc.), ou plus simplement en tant qu’albums vous ont le plus marqués ?
Pete : Quand j’étais petit mon oncle m’avait montré un vinyle de Téléphone… en forme de téléphone. ça m’avait scotché. De la même manière un ami avait un vinyle (peut être de Moderat) en zoetrope, c’est-à-dire qu’en tournant, les dessins sur le vinyle s’animent à la manière d’un dessin animé. J’ai trouvé ça si simple et superbe à la fois, j’en ai un de Allah-Las moins spectaculaire que Moderat mais que j’affectionne particulièrement pour ça. J’ai aperçu des coffrets incroyables, comme ceux de Tool avec des lentilles kaléidoscopiques mais pour ma propre expérience cela a été les point’n’click intégrés dans les albums de Gorillaz comme celui de Plastic Beach où on se plonge dans un monde totalement absurde et délirant de Jamie Hewlett. Donc je dirais 1/ Téléphone ; 2/ Gorillaz et 3/ Moderat.
Pierre : Je suis du genre boulimique quand il s’agit d’acheter CDs et vinyles mais je me suis pas mal calmé ces dernières années, avec un prix du vinyle inversement proportionnel à mon pouvoir d’achat ! Et les déménagements qui se sont succédés n’ont pas aidé ! L’un de mes premiers coffrets acheté chez Gibert Musique à Paris,Factory Records : Communications 1978-92. Au-delà de l’objet, froid et clinique à l’image du label, une véritable bible du mythique label de Manchester, où j’ai fait des découvertes incroyables : Cabaret Voltaire, The Durutti Column, A Certain Ratio. Parfait pour s’introduire au post-punk, à l’indus et aux musiques électro !
Acheté la même année le coffret Rockin’ Bones 1950’s Punk & Rockabilly. Pour le coup c’est l’artwork qui m’a immédiatement attiré. J’ai souvenir notamment d’un livret particulièrement copieux qui accompagne chacun des morceaux. Des morceaux qui par la suite ont beaucoup tourné sur les platines !
Et côté vinyle, le premier acheté est celui du Velvet & Nico, avec la fameuse banane qui se décolle. Visuellement toujours aussi efficace des années après ! Et que dire de l’album !

